Séminaire Droit et philosophie : regards croisés sur la norme juridique

L’idée de ce cycle de séminaire est née du constat commun, dans le cadre de nos recherches juridiques et philosophiques, du peu de dialogue constructif entre juristes et philosophes au sujet des normes juridiques.

Le droit et une partie de la philosophie ont pour objet l’analyse des normes et à ce titre semblent avoir vocation à se rencontrer. Pourtant, les approches philosophiques et juridiques restent très largement étrangères les unes aux autres et semblent se déployer dans deux univers distincts. Cela signifie-t-il que le langage du droit et celui de la philosophie entretiennent une relation d’incommunicabilité structurelle ?

La discussion entre philosophie et droit est pourtant très actuelle.

Si le droit suscite actuellement un engouement au sein des sciences sociales et humaines (philosophie, sociologie, anthropologie, histoire….), les sciences juridiques, semblent avoir en partie délaissé une pensée fondamentale de leur objet au profit d’une technicisation de la matière et de simples commentaires jurisprudentiels. Ce séminaire propose ainsi d’ouvrir aux juristes un espace réflexif sur leur objet d’étude, la norme juridique – générale et concrète – du point de vue de ses fondements et de sa méthodologie. De son côté, la philosophie est de plus en plus sollicitée par d’autres disciplines qu’elle : la médecine, les sciences de la nature et les sciences formelles, l’histoire des idées, la théorie politique… et porte à son tour un intérêt croissant à la question juridique (en témoigne la multiplication des travaux et séminaires en la matière). Seulement, c’est bien souvent en dépit d’une prise réelle sur la réalité normative : les philosophes ont parfois tendance à se saisir de la question de la norme (pour la critiquer ou la prescrire) indépendamment de la manière dont elle s’incarne dans l’institution juridique. À cet égard, la philosophie a pu apparaitre à certains comme trop abstraite, utopique et sans connexion directe avec l’ordre normatif réel.

Ce séminaire propose ainsi aux juristes et philosophes de se rencontrer autour de la norme juridique, cet objet qu’ils ont en partage de manière partielle pour l’un et exclusive pour l’autre.

Par cet échange, les philosophes pourraient évaluer leurs théories à l’épreuve du réel juridique. Les approches abstraites du philosophe, sont-elles traduisibles dans le droit  positif ? Peuvent-elles servir d’horizon pour éclairer les juristes sur et dans leur pratique ou sur la production et le sens des normes actuelles ou à venir ? Rawls ou Honneth, par exemple, peuvent-ils dire, chacun à leur manière, quelque chose au juriste sur sa pratique ? Ou bien les approches philosophiques sont-elles irrémédiablement trop distantes de la réalité du droit et trop extérieures à elle pour lui être utile ?

Symétriquement, les juristes, souvent concentrés sur l’application jurisprudentielle des normes positives, peuvent avoir tendance à se détourner de leur signification, de leur systématicité, de leur fondement, de leur position au sein de la hiérarchie des normes et de l’analyse de la méthodologie employée.  Il s’agirait donc de donner aux juristes l’occasion de ressaisir leur objet, activité trop souvent abandonnée à d’autres disciplines comme la sociologie, la science politique ou la philosophie qui croient pouvoir se charger d’en restituer la nature. Il conviendra alors d’éclairer aussi la lecture de la norme juridique à la lumière de ses soubassements philosophiques, de ses présupposés politiques et de ses orientations idéologiques.

Il nous a paru nécessaire de circonscrire le dialogue au droit et à la philosophie pratique (politique, éthiques, morale) pour éviter de disperser le propos et pour permettre aux deux pôles en apparence opposés de la pensée pratique (l’exigence de retour aux principes en philosophie et l’impératif d’applicabilité en droit) de se rejoindre. Par une méthodologie du croisement, nous espérons faire surgir de nouveaux problèmes et de nouvelles perspectives dans chacune des approches, nous espérons obtenir ainsi un dialogue fructueux non pas nécessairement pour produire un terrain commun entre droit et philosophie (car il n’est pas certain que cela soit possible) mais pour enrichir la pratique de chacune des disciplines.

Afin de faire dialoguer la philosophie pratique (morale, sociale et politique) et les sciences juridiques, l’angle pour cette première année portera sur les implications politiques, sociales et morales des normes juridiques.

Le séminaire est susceptible de prendre trois formes :

-           une lecture d’un même texte abordé du point philosophique et juridique lors de la même séance

-           une contribution par un chercheur d’une discipline avec un discutant de l’autre discipline

-          un séminaire thématique (par ex : sujet de droit, droit naturel, concept du care, droits fondamentaux, droit de propriété…) abordés simultanément par l’une et l’autre discipline

 

6 premières séances sont organisées tout au long de l’année (octobre 2014-juin 2015), le jeudi de 18h30 à 20h30, au CERSA, 10 rue Thénard Paris 5e

 

Première séance : le jeudi 30 octobre 2014  

Thèmes des séances à venir :

  • Kelsen et les sciences sociales
  • De la volonté à la psyché ? Le nouveau paradigme du sujet de droit dans la biopolitique contemporaine
  • A-t-on des droits sur les choses ?
  • Kelsen est-il spinoziste ?
  • La volonté juridique après Kelsen
  • La care : un concept pertinent en droit ?
  • Les droits fondamentaux sont-ils l’affaire des philosophes ?
  • Les valeurs républicaines et le droit