Européanisation des systèmes politiques

Yves Surel et Marc Milet

1° Européanisation des administrations et politiques publiques :

Depuis plusieurs années maintenant, la notion d’européanisation est venue s’imposer dans le débat académique. A partir des travaux de Thomas Risse et Tanja Börzel, plusieurs chercheurs ont développé un schéma d’explication des transformations suscitées par l’intégration européenne dans les cadres institutionnels, les normes juridiques et les politiques publiques menées par les Etats-membres (Radaelli, Thatcher, Saurugger, Palier et Surel), voire dans d’autres Etats (Bafoil pour l’Europe centrale et orientale, Sciarini pour la Suisse, etc.). Ce schéma dynamique permet en particulier de montrer la complexité des échanges nourris par les effets de l’intégration européenne et la diversité des trajectoires adaptatives induites.

2° Acteurs privés et Union européenne :

Les recherches projetées sur les groupes d’intérêt et l’Union européenne s’inscrivent dans une contribution à l’étude des processus d’européanisation conçus comme processus d’ajustements multiples et interactifs de ces groupes induit par l’Intégration européenne.

La thèse du retard de l’investissement des groupes d’intérêt français dans l’investissement de l’Europe est à la fois relayée par les acteurs publics et les représentants du secteur économique (rapports successifs de la CCIP, rapport parlementaire de J Floch). Pourtant, la structuration des eurogroupes, entendus comme un regroupement transnational de groupes d’intérêt nationaux, contrevient à ce leitmotiv fondé sur l’appréciation, approximative, d’une allergie française au lobbying présentée généralement comme assise sur une tradition de l’intérêt général Rousseauiste qui s’opposerait au modèle pluraliste nord américain d’une décision publique reflet d’un équilibre opéré entres des intérêts concurrents. Juristes, historiens, politistes ont ainsi d’ores et déjà démontré à la fois l’existence d’une ancienne et forte tradition doctrinale, politique, juridique et sociologique, favorable aux corps intermédiaires en France (A. Chatriot ; M. Milet) corrélée à des pratiques effectives de « lobbying » attestée dès la fin du XIXè siècle (G. Courty ; J. Garrigue). L’observation de la structuration des eurogroupes économiques doit dès lors permettre de revenir sur la thèse du « retard » des français dans le  « passage à l’Europe » et d’étudier les modalités éventuelles d’un « lobbying européen à la française ».