Droit et philosophie : regards croisés sur la norme juridique

Kelsen est-il dépassé ?

En présence de Carlos-Miguel Herrera (Cergy-Pontoise, membre du CPJP) et Pierre-Yves Quiviger (Nice Sophia Antipolis, Directeur du CRHI)

« Élever la science du droit (…) au niveau et rang d’une véritable science » et « séparer la science juridique d’avec la politique » en construisant « une science pure du droit », « une science normative de la société », une épistémologie spécifiquement juridique, propre au devoir-être juridique, telles sont les ambitions revendiquées par Kelsen, contre le jusnaturalisme de l’époque mais aussi la psychologie et la sociologie juridique alors naissantes, dans la seconde moitié du XIXème et le début XXème siècles. Replacées dans le contexte scientifique contemporain, l’ambition et la proposition de Kelsen d’une théorie pure du droit sont-elles encore d’actualité et pertinentes ? Kelsen a-t-il définitivement rendu le droit naturel caduc ou peut-il nous aider à identifier et à penser ses nouvelles formes contemporaines ? Qu’en est-il de la démocratie, de l’État de droit et des nouveaux droits fondamentaux ? Kelsen nous offre-t-il un appareillage théorique adapté pour appréhender pertinemment ces différents objets ? Par ailleurs, l’évolution des sciences remet-elle en question la conception de la volonté chez Kelsen (comme élément de définition de la norme juridique et comme objet du droit) ? La Théorie pure du droit nous permet-elle d’interroger les nouvelles problématiques contemporaines liées au genre, à la vulnérabilité, au care, à la bioéthique ou encore à la possibilité d’élever des êtres non-humains (animaux, robots) au rang de sujets de droit ?